Sabri.

Thèse professionnelle, Mastère Spécialisé Innovation & Transformation, CentraleSupélec, 2021

Ce que le stand-up peut apprendre aux entreprises qui veulent innover

J'ai passé une année à me demander si les méthodes des humoristes pouvaient aider les entreprises à créer. Quatorze entretiens plus tard, de Paris à Montréal, voici ce que j'ai trouvé.

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Couverture de la thèse professionnelle de Sabri M'Barki, CentraleSupélec et Université Paris-Saclay

En stand-up, on cherche tous la formule magique d'une blague. J'ai compris avec le temps qu'elle n'existait pas : il y a trop de paramètres, et aucun ne relève des mathématiques. Puis, en découvrant ce qu'est vraiment l'innovation pendant mon Mastère à CentraleSupélec, une question ne m'a plus lâché. Si les humoristes ont leurs propres méthodes pour créer, est-ce que les entreprises ne gagneraient pas à les connaître ?

« L'humour est comme un cheval de Troie. »
Olivier Bréchon, cité en ouverture de la thèse : il fait entrer les idées les moins conformistes dans les esprits les mieux gardés.

L'enquête

En quoi les entreprises dites ou voulant être innovantes gagneraient-elles à s'inspirer des techniques de créativité propres à l'humour, en particulier au stand-up ?

Pour y répondre, j'ai d'abord épluché la littérature sur l'innovation, l'humour et la créativité. Puis je suis allé poser la question à ceux qui créent pour de vrai : quatorze entretiens d'une à deux heures, avec des humoristes, des enseignants de l'École nationale de l'humour de Montréal, des chercheuses et des spécialistes de la créativité. Une partie à Paris, une partie à Montréal.

Ce que j'ai trouvé

L'humour rend plus créatif. Il pousse à relier des idées qui n'ont rien à voir, et crée un climat où l'on ose proposer sans peur d'être jugé. Une étude citée dans la thèse montre même que s'entraîner à l'humour et à l'improvisation augmente de 37 % le nombre d'idées produites en brainstorming.

Le stand-up fonctionne comme une startup. Un humoriste prototype, teste devant le public, échoue, réécrit, rejoue. Une blague se rode exactement comme un produit : c'est le public qui décide, pas son auteur.

Ses méthodes se transposent en entreprise. Le monde de l'humour a ses propres techniques pour générer des idées. Souvent implicites, rarement documentées, elles fonctionnent très bien hors de la scène. Je les ai rassemblées à la fin de la thèse.

Sabri M'Barki sur scène, micro à la main
Sur scène, une blague est un prototype : on la teste, on la rejoue, on l'améliore.

Trois techniques à voler aux humoristes

  1. 1

    Le créatif et l'analyste

    On écrit d'abord sans aucun filtre, sans se demander si c'est drôle ou pertinent. On relit seulement le lendemain, avec l'œil critique. Séparer dans le temps celui qui crée et celui qui juge évite de tuer les idées dans l'œuf.

  2. 2

    Le speed creating

    Imaginé par un professeur de l'École nationale de l'humour de Montréal : du speed dating appliqué au brainstorming. En binômes, cinq minutes chacun, puis on change de partenaire. Même les plus discrets finissent par parler.

  3. 3

    La compétition de création

    Deux équipes, des contraintes tirées au hasard sur des post-it de couleur, et un objectif de quantité dans un temps très court. Sur des dizaines de propositions, il y a presque toujours quelques pépites.

Le test grandeur nature : un burger glacé

Il fallait vérifier que ça marche ailleurs que sur le papier. Avec une enseigne de restauration qui cherchait un nouveau produit pour sa carte, j'ai animé une séance de speed creating de cinquante minutes. Le format libère les idées les plus loufoques, bien plus qu'un brainstorming de groupe.

L'une d'elles : un burger glacé, pain brioché et glace. Il a été commercialisé dans plus de trente boutiques en France.

Une limite, pour être honnête : quatorze entretiens ne représentent pas tout le monde de l'humour. Et plusieurs humoristes ont refusé de livrer leurs secrets. Un magicien ne dévoile jamais ses tours.

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71 pages, avec l'analyse complète des entretiens et le déroulé détaillé de chaque technique. Laissez-moi votre email : je vous l'envoie moi-même.

Sabri

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